Relecture d’une marche pèlerine

Relecture d’une marche pèlerine


Lors d’un entretien le pape François nous disait : « Je vois avec clarté que la chose dont a le plus besoin l’Église aujourd’hui, c’est la capacité de soigner les blessures et de réchauffer le cœur des fidèles, la proximité, la convivialité. Je vois l’Église comme un hôpital de campagne après une bataille . »1

En admettant que tout groupe pastoral porte en un temps, en un lieu, l’Église ; alors oui, l’outil performatif qu’est la relecture de nos actions pastorales laisse entrevoir cette compétence de toute portion d’Église inspirée par l’Esprit Saint.

La marche pèlerine vécue ce vendredi 25 juin 21 au côté des résidents du home Saint Alfred (Casteau) en est une humble illustration à condition d’opérer un léger déplacement, mais non des moindres : celui de reconnaître chacun porteur de la démarche pastorale, de voir en tout baptisé présent en un temps et en un lieu un acteur pastoral potentiel, prêtre, prophète et roi.

Au départ les rôles semblent posés : un service diocésain (en l’occurrence Aiguillages), les résidents de Saint Alfred accompagnés des éducatrices ayant la charge pastorale au sein de leur établissement.

Chacun, chacune a pour projet pour cet après-midi de faire vivre un répit spirituel aux résidents après cette pénible pandémie qui a laissé des traces tangibles ou pas. Nous avons invité Marie lors de notre cheminement pour la découvrir tantôt audacieuse et forte, tantôt douce, fidèle, éprouvée,… au fil de nos pauses catéchétiques durant la marche.

Marie, intercesseuse privilégiée pour tous auprès de son Fils Jésus, mère de l’Église, conduisait les pèlerins à travers la campagne de Tongre-Notre-Dame. La route fut longue, réquisitionnant les forces de chacun, et tous furent bien courageux. Des confidences, des émotions furent partagées entre compagnons de route et, toujours, était au rendez-vous la bienveillance des éducatrices, Michèle, Judith, Gisèle, Béatrice et Caroline. Un modèle d’attention à l’autre par les petits soins, les encouragements, la prévoyance, la disponibilité,…

En point de mire, l’Eucharistie … et peut-être aussi le goûter !

L’abbé André Vanneste a fait preuve d’une grande patience et d’un grand sens de l’accueil avant de présider la célébration au cours de laquelle on a eu une pensée pour ceux que nous avons perdus. Kevin s’est même improvisé pendant quelques instants enfant de chœur ! Une Eucharistie où se sont alliés simplicité et ressourcement dans la foi.

Le tout s’est clôturé autour d’un goûter préparé par les uns et les autres. Délicieux ! D’autant plus appréciable que la table était déjà dressée par sœur Marie-Renilde, notre hôte du jour au centre marial « Douce Lumière » de Tongre-Notre-Dame.

A l’arrivée, quand on y regarde avec les yeux du cœur, un constat : une énième conversion. Si je pensais répondre à l’appel : «  Constituons-nous dans toutes les régions de la terre en « état permanent de mission » » (Evangelii Gaudium 25) ; la première terre conquise ce jour-là fut la mienne.

Cette proximité et cette convivialité dont l’Église a tant besoin est l’expertise de ces grandes personnes rencontrées à qui on attribue un déficit certes, mais dont on méconnaît trop l’énorme compétence dans l’  « être avec », dans le compagnonnage. Pour la plupart d’entre eux, l’hospitalité est une évidence, une façon d’être. Ils nous accueillent tels que nous sommes ; et cette place donnée suscite un élan particulier, celui de vouloir la rejoindre car elle nous est réservée, notre juste place, sans artifice. Par cette invitation, nous nous découvrons, nous goûtons la joie d’être vraiment soi. N’est-ce pas là aussi notre mission, la mission de l’Église ? Ne peut-on voir là un appel à vivre réellement ensemble en Église ?

Sans parler du partenariat à côté duquel la communauté ne peut pas passer, celui avec les éducatrices qui montrent, outre leurs compétences éducatives, de véritables compétences en catéchèse. Une catéchèse on ne peut plus cohérente qui, étant donné la proximité évidente avec les résidents, se veut tantôt accompagnement, tantôt animation catéchétique. A l’heure où s’exposent les grandes lignes du directoire pour la catéchèse, il est à souligner que l’Église possède des personnes-ressources parfois insoupçonnées. L’occasion de vous les faire connaître se présente aujourd’hui en ce petit témoignage.

Plus que jamais, nous sommes appelés à faire Église ensemble, à nous faire prêtre, prophète et roi les uns pour les autres en nous rappelant sans cesse que nous devons, nous aussi, nous laisser évangéliser pour une mission ajustée.

Pour Aiguillages, Natacha Coosemans.

1 Le pape François, l’Eglise que j’espère. Entretien avec le Père Spadaro, dans Etudes, octobre 2013.